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DONATION EXCEPTIONNELLE DE FRAGMENTS PROVENANT DE LA TENTURE DE L’APOCALYPSE D’ANGERS

Mise à jour : 27 avril 2021

Au printemps 2020, la galerie Charles Ratton & Guy Ladrière (Paris) a pris contact avec le ministère de la Culture après avoir retrouvé avec surprise dans ses réserves des fragments qu’elle attribuait à la tenture de l’Apocalypse d’Angers. Des recherches et analyses conduites par la Direction régionale des affaires culturelles des Pays de la Loire (DRACdirection régionale des affaires culturelles), propriétaire et responsable scientifique de cette œuvre exposée au château d’Angers, ont confirmé cette attribution. M. Guy Ladrière, président de la galerie, et Sandrine Ladrière, sa fille, ont décidé d’en faire don afin que ces fragments puissent être conservés avec la tapisserie à laquelle ils appartiennent et viennent enrichir ainsi le patrimoine national.

Guy Ladrière, qui a eu la chance de travailler en étroite collaboration et association avec Charles Ratton, explique avec un sentiment mêlé d’admiration et de souvenirs que Charles Ratton a toujours eu
l’œil pour repérer les plus belles œuvres qui circulaient. Ces fragments de la tenture d’Angers en sont un témoignage renouvelé. Conscient de la richesse artistique du stock de Charles Ratton, Guy Ladrière
s’étonne encore de retrouver de tels morceaux de patrimoine qu’il est ainsi heureux de pouvoir faire partager à tous.

Une attribution confirmée après analyses techniques

La trentaine de pièces, montées sur une toile de support, composent une frise décorative de fleurons. Si l’ensemble est fragmentaire, les motifs sont pourtant très lisibles et les couleurs des fils de tissage encore bien conservées. De nombreuses similitudes stylistiques permettaient, à première vue, de rapprocher ces fragments de l’Apocalypse d’Angers mais des expertises complémentaires matérielles ont cependant été menées, à la demande de la DRACdirection régionale des affaires culturelles des Pays de la Loire, par Montaine Bongrand, restauratrice spécialisée dans le
traitement des tapisseries anciennes, et Mohamed Dallel, responsable du pôle textile du Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH). Ces analyses comparatives techniques ont confirmé
l’attribution à la tenture de l’Apocalypse d’Angers.

Historique
Cette série de fragments appartenait au Grand personnage de la IVe pièce de la tenture. Sur cette tapisserie, introduisant la quatrième partie du récit, l’on observe en effet des fleurons aux coloris, à la
forme et aux dimensions identiques. Grâce à l’analyse des sources documentaires et iconographiques conservées, on peut supposer que ces fragments ont pu être retrouvés dans les années 1860 puis mis de côté faute de pouvoir être réintégrés lors des grandes restaurations conduites dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ils sont mis en circulation sur le marché de l’art, dans des circonstances qui restent inconnues.

Selon les informations transmises par la galerie Charles Ratton & Guy Ladrière (puisées dans les archives de l’ancienne galerie Charles Ratton), les fragments ont été acquis par Charles Ratton auprès du
marchand Otto Wegener en 1924. Depuis cette date, ils sont placés dans la réserve de la galerie et n’ont fait l’objet d’aucun mouvement avant leur redécouverte en 2020. Charles Ratton, né en 1895, s’installe comme marchand d’art en 1927 après des études à l’école du Louvre. Il rassemble et vend des œuvres anciennes importantes avant de devenir un des grands spécialistes des arts premiers en France et dans le monde.

Malgré leur caractère lacunaire, ces fragments sont d’une grande valeur patrimoniale. Ils appartiennent sans nul doute à la plus grande tapisserie médiévale du monde, et permettent d’en documenter une partie de l’histoire. Intérêt supplémentaire, ces quelques éléments conservent un nombre important de filés métalliques, ces fils d’or et d’argent qui venaient orner des parties de cette œuvre insigne et qui ne sont plus présents que sur quelques centimètres carrés. Des études complémentaires seront conduites sur ces fragments, à leur retour à Angers, afin de
déterminer si une restauration est nécessaire. Ils seront enfin mis en valeur au château d’Angers lors d’expositions temporaires.