Lutte contre la pollution par les nitrates en Bretagne
Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, la qualité des eaux bretonnes stagne désormais dans plusieurs secteurs sensibles. L’État fait donc évoluer sa stratégie de lutte contre les nitrates d’origine agricole. À partir de septembre 2026, le nouveau cadre réglementaire simplifie certaines démarches administratives pour les agriculteurs et met en place des mesures de terrain (analyses de nitrates dans les sols).
Un constat : des progrès réels qui doivent désormais être amplifiés
Les efforts engagés depuis plusieurs années par les agriculteurs bretons, les collectivités et les structures d’accompagnement ont permis d’améliorer significativement la qualité de l’eau.
Entre 2010 et 2024, les concentrations en nitrates dans les cours d’eau bretons ont diminué de 23% à l’échelle régionale, et jusqu’à 30 % dans les bassins versants concernés par les marées vertes.
Certaines baies historiquement touchées par les marées vertes ont également connu plusieurs étés consécutifs sans prolifération importante.
Cependant, depuis plusieurs années, l’amélioration de la qualité des eaux ralentit. Les concentrations en nitrates restent encore trop élevées dans certains territoires et les échouages d’algues vertes persistent localement.
Dans ce contexte, plusieurs recours portés par des associations environnementales ont conduit le tribunal administratif à demander à l’État, en mars 2025, de renforcer les mesures de lutte contre les pollutions par les nitrates.
Cette décision conduit notamment à faire évoluer le 7ème Programme d’Actions Régional nitrates (PAR 7), afin de renforcer l’efficacité des mesures mises en œuvre et de les cibler vers les secteurs les plus sensibles.
Une nouvelle approche pour plus de résultats
La nouvelle stratégie, élaborée sur la base de propositions issues d’une réflexion partenariale associant la chambre régionale d’agriculture et l’association Eau et Rivières de Bretagne, repose sur deux principes :
Responsabiliser et simplifier : dans le cadre d’une expérimentation permettant à la Bretagne de déroger au cadre national, les plans prévisionnels de fumure, documents administratifs liés à la fertilisation, ne seront plus obligatoires.
En allégeant le formalisme, l’objectif est de permettre aux agriculteurs de s’appuyer davantage sur leur expertise agronomique pour piloter leurs pratiques de fertilisation.
- Cibler et mesurer : l’accent sera davantage mis sur les résultats environnementaux obtenus. Les exploitations identifiées comme présentant un risque plus élevé de fuites de nitrates feront l’objet d’analyses de sols permettant de mesurer l’azote restant après les cultures. En cas de résultats insuffisants répétés, des plafonds d’azote adaptés à chaque exploitation pourront être imposés.
Les autres nouveautés qui s’appliqueront sur l’ensemble de la Bretagne sont les suivantes :
- Cours d’eau : les bandes enherbées de protection passeront à 10 mètres de large le long de l’ensemble des cours d’eau.
- Couverture des sols : les règles pour éviter les sols nus seront renforcées dans certaines situations à risque.
Un renforcement des règles sur 20 % du territoire breton
Pour protéger les milieux les plus fragiles, des « zones à enjeux » ont été définies. Elles représentent environ 20 % de la surface agricole bretonne.
Ces secteurs regroupent :
- les 8 bassins versants concernés par les algues vertes ;
- les vasières les plus concernées par les algues vertes ;
- ainsi que des captages d’eau potable ou des cours d’eau présentant les concentrations en nitrates les plus élevées (plus de 50 mg/L).
Dans ces zones spécifiques, plusieurs mesures seront renforcées :
- Fertilisation : les analyses de sol y seront plus fréquentes que dans le reste de la Bretagne. Le temps que le système de plafonnement individuel issu des analyses de sols soit mis en place, un plafond transitoire d’apports de fertilisants s’appliquera.
- Zones humides : elles devront être remises en herbe dans un délai de deux ans, avec la possibilité pour les agriculteurs de bénéficier d’aides financières via des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC).
Une mise en œuvre dès septembre 2026
Le nouveau Programme d’Actions Régional nitrates (PAR), matérialisé par un arrêté préfectoral, entrera en vigueur au 1er septembre 2026. Les premières analyses de sol seront réalisées à partir d’octobre 2026.


