Comment les Normands perçoivent-ils leur territoire et l'action de l'État ?
« La France en grand angle », ce sont plus de 10 000 personnes interrogées en ligne et 150 acteurs du quotidien rencontrés dans chaque région, dont la Normandie. Une enquête qui permet de prendre de la hauteur en puisant l’information à sa source, afin de mieux comprendre la façon dont nous vivons.
Que perçoivent les habitants de la Normandie de l'action de l'État au quotidien ? Pour y répondre, le Gouvernement a engagé une démarche inédite d’écoute et de diagnostic sur tout le territoire. En combinant enquête d’opinion et immersion ethnographique. Elle explore le lien des citoyens à leur territoire : ce qui les rend fiers, ce qui les interroge, ce qui les inquiète et surtout, comment ils perçoivent et expérimentent concrètement l’action publique autour d’eux.
L’attachement régional, rempart contre le pessimisme global
Les Normands sont parmi les plus pessimistes du pays concernant l’avenir national et international, marqués par une mémoire historique vive et une sensibilité aux crises mondiales. Pourtant, plus on se rapproche de l’échelle locale, plus l’optimisme renaît : 61 % se disent confiants pour leur avenir personnel. Le territoire apparaît comme un refuge protecteur face à l’adversité ambiante : 59 % jugent la région agréable à vivre (6 points de plus par rapport à la moyenne nationale) et 32 % la perçoivent comme sûre et tranquille.
« La Normandie bénéficie d'une renommée à l'international mais, au-delà de la "carte postale" liée notamment à l'histoire et aux sites remarquables, quels sont précisément ses atouts et les défis à relever pour renforcer son attractivité ? Pour tenter de répondre à cette question, j'ai suscité un partenariat avec l'Insee pour éclairer nos travaux et nos initiatives, en matière démographique, économique et touristique. Il en ressort que la Normandie possède des atouts considérables, comme son cadre de vie et son savoir-faire industriel, et qu'elle connaît des évolutions positives sur les dernières années, notamment en matière énergétique. Elle doit désormais parvenir à mieux tirer partie de sa position géographique stratégique, en proximité d'un bassin parisien économiquement dynamique, en faisant un véritable levier d’influence, en associant ses ressources naturelles, ses savoir-faire et son patrimoine à une vision d’avenir axée sur l’innovation et la durabilité. »
Jean-Benoît Albertini
Préfet de la région Normandie
Une identité discrète mais profonde
L’identité normande se vit davantage qu’elle ne se revendique. Constituée d’attachements locaux, elle s’agrège en identité régionale surtout en opposition aux « autres », notamment aux Franciliens. Cet enracinement se traduit par une forte stabilité résidentielle (47 % des habitants sont originaires de la région ; un tiers n’a jamais envisagé de partir) et un attachement à la nature, aux paysages et à la qualité de vie (85 % citent la qualité du cadre de vie comme un atout régional majeur).
Une économie locale résiliente
Au-delà de ressources agricoles et énergétiques abondantes qui nourrissent un sentiment d’autosuffisance, la région bénéficie de nombreux bassins industriels (Rouen, Le Havre, Caen). Ainsi, malgré un coût de la vie perçu en hausse, la Normandie reste économiquement dynamique avec un chômage au plus bas (6,7 %) et un taux élevé en matière de création d’entreprises (+ 25 % entre 2014 et 2020).
La santé, au centre des préoccupations locales
L’accès aux soins est un enjeu central : seuls 54 % s’estiment bien pourvus (10 points de moins par rapport à la moyenne nationale). La pénurie de médecins, les délais d’attente et les inégalités territoriales entre villes et campagnes nourrissent un sentiment d’abandon dans les zones rurales. 2 La France en Grand Angle – Synthèse Normandie Des initiatives locales — comme les maisons de santé pluridisciplinaires — sont saluées, mais jugées encore trop inégales dans leur déploiement. Le vieillissement de la population, particulièrement marqué dans l’Orne et la Manche, accentue ces tensions, tout comme les difficultés d’accès aux soins spécialisés (psychiatrie, pédiatrie, gynécologie).
« La Normandie est particulièrement touchée par une démographie défavorable des professionnels de santé. Cette situation, nous la connaissons et nous agissons collectivement pour y répondreDepuis plusieurs années, l’État se mobilise pour renforcer l’offre de soins : développement de l’exercice coordonné, soutien à l’installation des médecins et aux étudiants en formation afin de favoriser leur implantation dans les zones les plus en tension, ou encore déploiement de médicobus dans le cadre du plan France Ruralités, permettant d’apporter des soins au plus près des habitants des secteurs ruraux. Mais ces avancées ne seraient pas possibles sans un travail partenarial constant. Je veux saluer ici l’engagement de l'ensemble des acteurs : élus, professionnels de santé, établissements, représentants des usagers. Ensemble, au plus près des territoires, nous construisons des réponses adaptées aux besoins de santé des Normands. Cette mobilisation collective est essentielle pour garantir un accès équitable et durable aux soins dans l’ensemble de la région. »
François Mengin Lecreulx
Directeur général de l'Agence régionale de santé (ARS) de Normandie
Une insécurité montante dans les métropoles
Le sentiment d’insécurité est en hausse, notamment dans les grandes villes comme Rouen, Caen ou Le Havre (4pts de plus dans les villes de plus de 100 000 habitants par rapport à la moyenne régionale). Il est alimenté par la perception croissante d’incivilités du quotidien, mais aussi par une visibilité accrue des violences. Cela renforce une demande d’une plus forte présence des forces de l’ordre sur le terrain.
Mobilité : une dépendance subie à la voiture
En dehors des grands centres, les transports collectifs sont jugés insuffisants, avec des horaires inadaptés et un manque de desserte fine : 47 % des normands se disant contraints d’avoir dû utiliser la voiture ou de renoncer à certains déplacements dans l’année passée. Le manque d’alternatives à la voiture individuelle limite l’accès aux soins, à l’emploi, aux loisirs. Cette contrainte pèse particulièrement en zone rurale ou périurbaine.
Pouvoir d’achat et tensions résidentielles
Si le pouvoir d’achat n’est pas la première priorité déclarée, il traverse tous les sujets évoqués : coût du logement, alimentation, transports, services. Sur ce point, l’arrivée croissante de Franciliens alimente un ressentiment latent : flambée des prix de certains produits du quotidien, concurrence sur les logements, etc.
L’action publique : prime à la proximité
L’État est perçu comme responsable des grandes décisions, mais aussi comme distant et de moins en moins incarné dans les territoires (en raison notamment de la perception d’un retrait des services publics). Il est identifié comme ayant un impact positif en matière d’infrastructures numériques (59%), culturelles et patrimoniales (55%). Les attentes se tournent toutefois davantage vers les acteurs de proximité (départements et mairies), jugés plus concrets, à l’écoute et actifs car tenant compte de réalités locales que les habitants pensent invisibles aux yeux d’instances publiques plus lointaines. La région reste peu identifiée dans ses compétences. Dans les zones les plus rurales, la solidarité locale prend parfois le relais de l’action publique pour pallier aux carences du quotidien.
« La présence concrète de l’État, au plus près des habitants, s’inscrit notamment à travers le réseau des maisons France services, déployé dans les zones rurales comme dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Ces guichets de proximité permettent à chaque citoyen d’accéder, en un seul lieu, à un accompagnement personnalisé dans ses démarches quotidiennes. En novembre 2025, nous avons le plaisir d’enregistrer deux nouvelles labellisations en Seine-Maritime, à Dieppe et à Fécamp. Ce sont désormais 41 maisons France services qui maillent le territoire départemental. Les espaces France services incarnent une ambition : proposer un service public humain, ouvert,
accessible à tous, où chaque usager trouve écoute, accompagnement et solutions. Ils traduisent aussi le lien de confiance et de proximité entre les territoires et l’État, au service de la cohésion sociale et de l’intérêt général. »
Zoheir Bouaouiche
Sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Seine-Maritime


